Partager l'article ! Proposition de nationalisation des langues/cultures de France.: Bonjour, le nouveau blog sur lequel nous vous demandons de ...
Bonjour, le nouveau blog sur lequel nous vous demandons de participer est à l'adresse suivante :
http://www.nationalisation-langues-de-france.net/
Deux courants de pensée antagonistes se trouvent objectivement alliées pour faire que l'État se désengage de toute responsabilité quant aux langues/cultures indigènes de son territoire, et prônent l'idée que c'est aux régions seules de s'en occuper :
1) l'idéologie française régnante, celle du centralisme et de l'unitarisme, qui croit ainsi se débarrasser du problème ; cette idéologie, qui organise et donne ses contenus à la culture française depuis plus de cinq siècles, à tel point qu'on ne la voit plus et qu'on la prend pour la nature des choses, commence à décliner face à la montée du démocratisme et du pluralisme mais, se faisant par ailleurs la championne de valeurs (unité, égalité, laïcité, solidarité) auxquelles sont attachés les Français, elle peut longtemps encore prolonger son règne ;
2) l'idéologie des militants régionalistes ou nationalitaires, politiques ou culturels, désireux de prendre la France en sandwich entre l'Europe et les régions, voire, pour certains, désireux de constituer des région/états autonomes ; ces régionalistes s'appuient sur un juste constat, celui du multiséculaire mépris de l'idéologie française pour les langues/cultures indigènes de France (et au-delà pour les accents et tout ce qui sort du moule), et défendent des valeurs (démocratie, pluralisme) auxquelles les Français s'attachent de plus en plus.
Les uns nient, au nom de l'unité nationale, toute pluralité culturelle interne (vantant la « diversité » pour le reste du monde) ; les autres, au nom de la « diversité » culturelle, en viennent à remettre en cause la solidarité nationale. Les uns et les autres ont quelques chose en commun : ils confondent l'ordre culturel et l'ordre politique (« une nation, une langue ») (comme autrefois « un royaume, une religion »), et savent si peu ce que la langue est à la pensée qu'ils placent la culture et les œuvres derrière la langue de communication. Leur débat occupe tout l'espace, comme s'il n'y avait pas d'autre voie.
Il y a une autre voie : la meilleure. Pour la connaître, il suffit d'écouter le peuple français : il veut l'unité politique, il veut la pluralité culturelle. Et cette volonté – que lui donne son intuition – retrouve l'argumentation des esprits les plus éclairés en ce domaine :
- les langues/cultures indigènes de France ont participé de façon déterminante à la construction de la langue/culture française, de la pensée française, de l'identité française ; sans éducation aux langues/cultures indigènes, on comprend mal la langue/culture française, on ne comprend rien à ce qu'est la pensée et l'identité française.
- non seulement la langue/culture/identité française est, ainsi, mal comprise, mais elle est condamnée au déclin si meurent les langues/cultures indigènes. Car le déclin actuel de la culture française ne vient pas d'attaques extérieures, comme se plaisent à penser les idéologues (« c'est la faute à l'autre »), mais du fait qu'elle a de moins en moins d'affluents intérieurs, parce que le centralisme a toujours essayé – réussissant en partie – d'éradiquer tout esprit d'initiative ou d'entreprise qui ne partent pas de son nombril et, partant, de tuer toute émulation. Sans les langues/cultures indigènes, sans réservoir d'inventions issues d'ailleurs internes, c'est-à-dire sans le peuple dans sa pluralité, la culture française se retrouve, avec ses cocoricos subventionnés (élitisme) et ses mythes cocardiers (populisme, nationalisme), désarmée face au mouvement du monde ;
- inversement, la langue/culture française a marqué indélébilement de ses œuvres, de ses valeurs, toutes les langues/cultures indigènes de France, et on ne comprend rien à leur histoire si on ne connaît pas ce rôle de la langue/culture française ;
- mais il y a plus : sans conscience de la nature de leur relation avec la culture française, sans projet de relation avec elle, ces langues/cultures sont sans avenir : on peut le voir dans les utopies des tenants de la « diversité » et du régionalisme, où ces langues/cultures, coupées de leur histoire qui est à la fois celle de leur négation par l'unitarisme et de leur affirmation (voire leur éclosion) contre ce même unitarisme, se retrouvent sans emploi alors que leur mission essentielle, celle qui les a fait renaître voire naître, celle pour laquelle elles sont les mieux armées (et seules à être armées), est justement de guérir la France de sa maladie centraliste/unitariste, en tournant contre cette maladie les valeurs républicaines que la France leur a apprises et en les re-inventant : décentralisation et pluralisme culturel, pour plus de démocratie et plus de république.
C'est par leurs œuvres visant à transformer ainsi la France (critique de l'histoire officielle – nationaliste - non pour la remplacer par un petit nationalisme inverse, mais pour servir à la pensée d'une nouvelle épistémologie de la science historique ; critique de la linguistique établie pour servir à une nouvelle pensée de ce qu'est une langue, de ce qu'est le langage, etc. etc.) que ces langues/cultures s'inventeront un avenir. C'est en libérant tous les français du centralisme, c'est en libérant toute la culture française de son carcan unitariste qu'elles se trouveront elles-mêmes.
Notre proposition de nationalisation des langues/cultures de France sort de ce raisonnement et n'a qu'une ambition : faire que plus personne n'ignore ces mouvements de l'histoire et n'en ignore les enjeux. L'État est donc concerné au premier chef.
Sa mission :
* Nous n'abordons pas dans cette présentation le problème des langues de France dites « minoritaires » (c'est-à- dire les langues étrangères minorisées ou sans statut dans leur pays d'origine – romani chib, arménien occidental, yiddish, berbères, arabes parlés-) qui, globalement, sont concernés de la même façon. Nous l'aborderons dans la discussion.
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Merci de votre lettre. J'espère que le débat sur notre blog répondra à vos questions et vous permettra de défendre vos opinions. Salutations.
Merci de votre lettre. À vos questions je réponds:
1.impossible de bien comprendre la culture française sans avoir quelques notions de ce que sont la langue/culture occitane, bretonne, etc.
2.impossible de bien comprendre la langue/culture occitane (bretonne, etc) sans savoir quelles influences a eu sur elles la langue/culture/nation française.
3.il est plus facile, simple et économique d'organiser des études intelligentes (montrant ces histoires d'influences) que de monologuer dans une « culture », dont l'unité est un mythe, pour aller voir les autres après.
4.Ce n'est pas l'Europe qui a déterminé le problème français du rapport aux langues-cultures, mais bien la monarchie et les républiques françaises. Comment guerir ce problème sans connaitre d'où vient le mal en profondeur?
5.L'Europe est aujourd'hui celle des États, et, concernant les langues/cultures, c'est l'État qui décide, même dans les instances européennes. C'est donc lui qu'il faut transformer sur ces questions.
1)Assentiment : très bien.
2)« Manque de reflexion » dis-tu. C'est exactement :
a) ce que nous disons, et pourquoi, dis-tu, ils se sentent agresser
b) ce que nous proposons de guerrir, par le lancement de ce débat
3) « agressés »
a) on aime tout le monde, on reconnait le travail de tous;
b) le débat, c'est aussi parfois « les vexations ». La vexation c'est quand la vanité est bléssée. N'y a-t-il pas beaucoup de « vanité » dans les propos occitano-régionaliste de beaucoup, depuis longtemps ? Relisons les articles, les prises de positions. Nous pouvons proposer de ressortir les vieux articles de tous et de chacun et de les mettre en ligne : gare à l'autovexation
c) c'est mieux les petits froissement d'égo dans les débats que dans les guerres civiles, non ?
4) « embêtant pour recueillir leur adhésion »
a) moi je veux « recueillir l'adhésion » de personne : je veux faire réfléchir. Je vends rien, je revends rien, je revendique rien. Je prends pas de cotisation;
b) ces militants ne sont pas « incompris » leur position tient le haut du pavé dans l'occitanisme, et pour le reste (idées générales) ils partagent souvent les clichés du plus grand nombre sur à peu près tous les sujets, sûr qu'ils sont « solidaires d'un monde équitable dans une société durable où nous serons tous citoyens à part entière dans la diversité et le respect de blablabla ») avec une profonde « francité » dont ils ne sont pas conscients ( comme ils regardent le monde avec des lunettes françaises, mais qu'ils savent pas qu'ils en portent, et qu'ils font qulques séjours exotiques à l'étranger, ils se croient désaliénés là où ils le sont le plus). C'est notre travail qui est mal compris, par des gens qui ne vont pas lire Castan, ni Meschonnic, ni Benveniste, ni Hélias, ni etc. etc. mais qui veulent quand même parler de politique culturelle et être des intellectuels. On se plaint pas d'être mal compris, on le dit c'est tout. Et on travaille à être mieux compris en bousculant, on a essayé tous les autres moyens, pas de réponses. Que ces gens viennent à Larrazet en Novembre ! (journées Castan) Qu'ils viennent aux journées GFEN sur la décentralisation ! On les accueillera avec le plus grand plaisir. On les aime bien tous, quand même, mais faut pousser. Je sais que tu bouscules toi aussi souvent. Merci pour ta participation. A bientôt . AMISTATS.
CSicre (suite2)
je relis et vois que j'ai pas repondu à tes deux derniers points (exemplifier les idées de la "Proposition" + "proposer rencontres concrètes". J'ai répondu à Serge Carles qui demandaient des choses similaires. J'ai lu la contribution de Martel, je réponds.
5) « Exemplifier »
a) j'espère que ce néologisme ne vient pas de l'occitan;
b) oui, certe, faisons le, tous.
c) y a beaucoup d'exemples à tirer de tous ce qui a déjà été écris, même si c'était pas écrit, même si c'était pas écrit dans le concept/cadre de nationalisation (à nous de l'y mettre) - Suzanne Citron, pour l'histoire, (mais aussi Martel et d'autres) (voir ce que Suzanne nous répons par mail). - Castan, quand même, non Et beaucoup d'écrivains/ théoriciens occitaniste (et même aussi d'ailleurs). Chez nous, aussi : la Linha Imaginot, depuis 1990, ça vous dit rien ? et perso, j'ai écrit ailleurs.
Alors bravo DAÏDIER si t'as le temps argumente directement toi sur les arguments du texte.
CS
Mr Billy,
Merci de votre courriel, de vos encouragements et de vos remarques - « 3e voie »: nous reprendrons cette idée. D'accord pour « amener l'État ». D'accord pour « de façon ». Atténuer le ton, j'hésite: à force d'atténuer pour faire plaisir à l'un ou l'autre, la question ne se tranche jamais, et les débats deviennent parfois très violents tout-à-fait hors de propos. Certains qui, autour de moi, me conseillent d'être moins vif ne se souviennent pas qu'eux-mêmes ne m'ont écouté, et entendu, que quand j'étais vif. Mais vous avez peut-être raison, à partir de maintenant. Salutations rengraçantes.
CS
1.Le terme de « nationalisation » m'a été soufflé, en plaisantant, par B. Cerquiligni, alors que je parlais de « généralisation à toute la France d'une éducation aux langues/cultures de France ». Je l'ai repris sérieusement parce que, justement, il fait référence à une démarche politique volontaire d' « intégration dans le service public français » comme tu dis si bien. Je pense qu'il faut garder les 2. « Nationalisation » pour frapper et faire réfléchir, « intégration etc » pour expliquer. Si tu en es d'accord, je reprendrai ta formule.
2.Tu as bien raison de réagir contre l'oubli de « francique » et « autres langues amies ». Au Forom, on n'oublie pas souvent, mais tu connais le débat, ouvrons-le plus à cette occasion.
Merci encore.
Claude Sicre à Felip Martel pour le Felco
Merci de vouloir un débat et de l'entamer par un texte, c'est pas si fréquent.
Content que vous ayez vu un intérêt à cette proposition, que vous connaissez depuis plusieurs années (au moins 2001), et que vous manifestiez cet intérêt. Après :
1.je ne comprends pas sur quelles « choses » vous êtes « d'accord » sur ce que vous appelez « le nécessaire découplage », ça serait à préciser.
2.Très bien que vous soyez d'accord de diffuser « un savoir minimal sur la diversité française » cependant :
a) nous pensons que la notion de « diversité » est très mal choisie (voir notre texte de la proposition et nos articles récents (Les Temps modernes (N° 608, année 2000) / Altermed (édition Non Lieu, Association des Amis de Paris Montparnasse - 2007) / Préface de la Revue des Deux Rives – Europe / Maghreb N°4 : « Langues de France et français d'ailleurs » éd L'Harmattan / Pour la pluralité contre la diversité, (revue du GFEN 2006) / ...)
b) Vous dites « l'avoir proposé à maintes reprises »; j'ai lu effectivement quelques phrases sur ce sujet (merci à Serge et à Didier) mais d'une grande timidité et qui montrent que pour vous l'essentiel n'est pas là. Vous faites, de ce qui est chez nous un concept préalable, un élément secondaire. Or nous sommes dans une bataille, où ce sont les concepts qui s'entrechoquent. Trois concepts :
- L'unitarisme (pas de place en France – ou misérable – pour les langues/cultures de France)
- Le régionalisme culturel : les langues/cultures régionales appartiennent aux régions de leurs « territoires » (et comme ces régions sont françaises, ces langues sont patrimoine national)
Nous venons de voir que même sous cette forme lapidaire et qui n'engageait pas à grand chose, le refus est ferme.
- La « nationalisation ».
Nous pensons que seul le concept de « nationalisation » comme nous l'expliquons, est
1.d'intérêt général ;
2.de taille à faire taire toutes (?) les hostilités (enfin la majorité...).
Mais pour cela, il faut :
que ce projet soit la figure de proue et le but principal de l'action ;
que ce soit l'action du plus grand nombre. Car quand Mélanchon parle de « danger pour la république » il s'appuie sur des discours réellement tenus, sur des revendications réellement posées par des militants occitans, basques, bretons, corses, alsaciens, catalans et d'autres. C'est pas vrai ?
(évident que les pouvoirs publics les mettent en avant, polémiquement ; mais si un discours radicalement contraire se faisait entendre ?)
Les seules hostilités qui peuvent demeurer, après ça, seraient celles de l'ignorance aggressive et des intérêts particuliers d'une caste qui profite de l'unitarisme centraliste (notamment des intellectuels et des gens de culture et d'éducation).
Parlons de la suite
1) Mettre en avant les « cultures » ...
Pour que des gens aient envie de s'initier à une langue, il est nécessaire que cette langue bénéficie d'une aura culturelle, d'une utilité culturelle.
Puisque, pour des langues comme l'occitan, il n'y a plus d'utilité de communication, cette exigence est encore plus forte.
Mettre en avant la culture ne revient pas automatiquement à défendre le cassoulet et je ne vois pas qui parmi nous peut tomber dans ce panneau. C'est tout-au-contraire, ceux qui savent le rôle de la culture dans l'illustration des langues qui vont le plus loin dans la recherche culturelle, à la fois savante (c'est pourquoi Meschonnic au Forom des Langues), ouverte au plus grand nombre et parfois même recyclant les archaïsmes (j'ai montré la modernité transhistorique du gag du Hilh de puta) (pourquoi ne pas le travailler dans les classes bilingues ?)
Et, tout au contraire, c'est ceux qui défendent la langue la langue la langue qui, très souvent, font l'impasse sur les valeurs littéraires etc. À la place du cassoulet et des vieux costumes, la polka piqué du folk (très franco-unitariste, si vous savez pas), l'invocation de Boudou pour « sa langue » (combien savent le poser à côté de Faulkner ?), les bricolages historiques (cathares + trobadours + luttes paysannes + 1907 tout mélangé etc).
2) « Ce que la culture nationale a emprunté aux cultures régionales est somme toute réduit ».
On voit bien là toute la distance qui nous sépare :
a) « sans le reconnaître, d'ailleurs »
pour le « re-connaître », il faudrait qu'elle l'eut connu. Or la culture nationale ne sait pas. De petits arrangements des faits qui dérangeraient tel ou tel (homme, parti, gouvernement) en erreurs et quiproquos, la culture nationale a construit un système d'occultation sans le savoir.
Nous n'avons pas en face de nous des adversaires malins qui savent tout et veulent le cacher.
Nous n'avons pas d'adversaires en face de nous, mais des ignorants (sur ce sujet) qui croient bien faire (même l'abbé Grégoire).
A nous de leur montrer que l'histoire est autre, c'est notre rôle (et comment le montrer quand on ne le sait pas ?)
Et jusqu'à aujourd'hui, nous ne l'avons pas assez bien fait.
C'est nous les responsables. Nous ne sommes victimes de rien.
b) « jalous » etc
Ce n'est justement pas nous qui parlons systématiquement du vocabulaire occitan emprunté par le français, pourquoi ?
parce que les emprunts français à l'occitan, c'est beaucoup beaucoup ou pas grand'chose, selon la manière que l'on a de traiter l'histoire des langues : débat interessant pour la linguistique historique mais secondaire pour notre stratégie, à ce stade (on reprendra ce débat).
surtout, par dessus-tout, parce que nous savons qu'une langue c'est pas des mots, que ce sont les discours (et donc la culture) qui font les mots et pas les mots qui font les discours.
Avec Meschonnic, depuis 15 ans, on a Humboldt, Saussure, Benvéniste et autres chaque année au Forom de Langues.
Et c'est justement les maniaques de la langue qui systématiquement parlent des emprunts. Ils vont même plus loin, tellement ils sont dans « lalangue » : ils cherchent expressément les mots (ou les expressions, la syntaxe) les plus éloignés du français (croient-ils) pour se faire une identité.
Ce faisant ils oublient les oeuvres.
C'est une maladie à guérir.
(il n'y a pas que Castan qui disait le manque de critique, et aujourd'hui beaucoup sont
d'accord)
3) Mais tout çà n'est pas le plus important.
Le plus important c'est de comprendre que la France (royaumes, nation, république) s'est construite – administrativement, politiquement, culturellement, artistiquement, intellectuellement – sur la ligne de l'unitarisme centraliste, dont la raison d'être ne s'explique que par le face-à-face permanent de l'Etat, quel qu'il soit, avec des pouvoirs périphériques, territorialisés (provinces, seigneurs féodaux, barons et princes, Etats « régionaux, pays, communes, corporations etc).
Ce n'est pas à un historien que je vais apprendre ça ! Du moins sur l'histoire politique. Tu as lu Citron, Elias, Tocqueville, Garrisson, Mirabeau autant que moi.
Mais il faut en tirer des conclusions aussi sur l'histoire des idées. Tout, en France, est vu à travers le prisme de l'unitarisme. Castan le montre bien. Et il faut le montrer plus encore, pour en finir, c'est-à-dire trouver une autre façon de voir, plus républicaine, plus démocratique, plus pluraliste.
a) « influence indéniable de la culture nationale »
il n'est pas question de savoir si l'échange a été inégalitaire, puisqu'il ne s'agissait pas d'échange (mouvement volontaire, réfléchi) mais de la construction – lancée par les pouvoirs royaux et républicains – de l'Etat français ; c'était le but, par la centralisation administrative, politique, économique et, aussi, intellectuelle et artistique. Auquel tous les français, à leur place et de leur place, ont contribué.
mesurer la contribution – souvent inconsciente – de tous est justement le travail qu'il faudra faire, qu'on n'a pas fait, et je ne vois pas comment mesurer aujourd'hui les différentes contributions. Mais je montre quelques pistes dans mes textes.
b) « grands concepts »
il y a là, inconsciemment bien sûr (tu ne veux agresser personne, j'en suis sûr) un certain « mépris » du travail de Castan ;
Castan, et nous, n'incriminons » pas ... le centralisme et l'unitarisme. Castan trouve (invente) les concepts de centralisme et d'unitarisme pour dire la situation, et pour identifier l'adversaire.
faudrait-il des « petits » concepts pour l'occitanisme ?
et puis cette phrase fait comme si « il y en avait assez » de parler de centralisme et d'unitarisme, ou d'en entendre parler. Mais où, quand, dans le mouvement occitan s'est-on penché sur ces concepts ? Qui, là, peut dire qu'il est « revenu » de Castan et de ses concepts, puisque c'est à peu près partout le silence sur ce travail, depuis 40 ans, et que je rencontre maints occitans qui avouent ne l'avoir jamais lu ? Ça s'entend, ça se voit.
c'est une ironie que de traiter ces concepts de « grands » pour les balayer d'un revers de plume ; je connais d'unis, et même dans la Felco qui, era una vetz, n'hésitaient pas à discourir de « grands concepts » comme le colonialisme (normal ou intérieur), la nation (première ou secondaire), l'impérialisme français sur l'occitanie et autres. Parfois grands au sens de « grandiloquents ». Eh bien je dis qu'il fallait bien que certains en passent par là, merci à eux, par ces concepts, pour les essayer. Ces concepts se sont avérés peu pertinents. Il ne faut pas, du coup, laisser tomber la réflexion théorique (à la Felco, vous êtes des intellectuels, c'est votre rôle), il faut essayer d'autres concepts.
c) « clivages de nature sociale »
Le mouvement occitan (breton,corse,etc) n'est pas constitué de « gens de peu », mais majoritairement d'enseignants, d'animateurs, d'artistes, de paysans ou viticulteurs aisés, de profession libérales, d'employés modestes mais dans des métiers considérés (culture, loisir, tourisme, etc). C'est une « petite bourgeoisie », pas les « gueux- » des rêves occitano-révolutionnaires. Que cette petite-bourgeoisie parle – croit parler – au nom d'un peuple est une autre affaire. Arlette Laguiller parle pour le prolétatiat, aussi – Et, en dehors d'eux, personne pour se réclamer ou brandir l'étendart d'une quelconque « culture régionale ». Mais des corporations, des métiers, des groupes qui parlent de traditions, dans la multiplicité et la confusion, sans jamais opposer culture nationale et culture régionale : les chasseurs n'ont pas adhéré au parti occitan, ni les ant-ours, ni les pétanqueurs, ni les gitans d'Arles, ni les kabyles de Marseille, ni les ouvriers (ou chômeurs ouvriers) – portugais, algériens, roumains, bulgares, antillais, etc, etc – des ports, des usines, des entreprises de travaux, des commerces etc, etc -
Si clivages il y a, et lutte des classes, c'est plutôt là qu'il faut les chercher : les indigènes sud-français se sont, dans l'ensemble, « empetitebourgeoisés » (pour certain, très modestement, et il y en a pas-du-tout, certes, mais dans l'ensemble) (arrêtez-moi si vous croyez que je m'égare, je l'apprendrais avec plaisir), certains se sont bien « embourgeoisés' » tout court, et le prolétariat est majoritairement immigré ou d'origine immigrée. Que lui offre le mouvement occitan ? Je sais trop ce qui se passe chez moi (à Toulouse) pour ne pas prêter une attention très sérieuse aux propos, charitables ou gauchisants, du mouvement occitan à l'égard de l'immigration.
La volonté d'enracinement occitan est, parfois (je dis bien parfois, ne me faites pas dire ...), liée à des peurs face à l'immigration. Peur qui n'est pas anormale, mais qui doit être maîtrisée et quel discours/action le fait ?
Et il y a aussi les RMIstes de Paris, qui s'installent ici ou là (chez moi à St. Antonin, c'est eux qui font l'animation des cafés face aux petits propriétaires du coin, dont les enfants sont partis ... certains à Paris) Voilà peut-être un clivage social de plus non ?
d) on ne s'enferme pas en pensant la France.
On ne s'enferme pas en analysant ce qui nous enferme ; au contraire, on s'en délivre.
Comme on ne s'enferme pas en pensant la culture occitane, contrairement à ce que croient les centralistes. En pensant la culture occitane on re-pense la France et en re-pensant la France on pense mieux la culture occitane.
Ceux qui, se sentant à juste titre méprisé dans leur (ou celle qu'ils veulent leur) langue/culture, veulent faire l'économie de l'analyse, pensent « La France » au lieu de « La France centraliste » (et il y a de quoi confondre, il est vrai ; c'est un très gros effort que de vouloir re-penser / re-faire la France sans le centralisme mais y a t'il de grandes aventures historiques sans gros efforts ?), ceux qui « Puta França ! » (ça ditz lo Jacme), ceux là vont, à mon sens, s'enfermer dans des chimères qui renforcent le centralisme.
Contrairement aux apparences (l'illusion d'optique) nous n'opposons pas la stratégie anti-centraliste et une stratégie européenne. « Puta França » n'a qu'un rêve européen ; à notre sens, c'est lui (et plein d'autres) ceux qui voient tout-Europe et régions et basta la France (qui elle a un vrai pouvoir sur l'Europe). Et puis Europe, oui, mais il y a l'Algérie, qui compte peut-être plus dans certains domaines, etc (en matière culturelle/artistique, mes influences- et celles de beaucoup – sont souvent très loin de l'Europe : ça pose un problème, peut-être, vous croyez pas ?
Enfin je ne comprends pas du tout où tu vois la moindre trace de « nationalisme national » français dans mon texte. Le nationalisme, grand ou petit, vient de la non-pensée historique de la nation, au contraire. Je pense que les intellectuels occitanistes sont les plus à même de penser la France, contre le nationalisme français. Une nouvelle édition de la France autrement avec des contributions de F. Martel, d'historiens corses, bretons, antillais, etc ? Suzanne Citron, je sui sûr, en voudrait. Voilà un exemple de propositions concrètes que réclament Didier et Serge. Et une nouvelle histoire de la littérature française, s'appuyant sur les travaux des essayistes occitans, bretons, etc ? Y a tellement de pistes, quand on pense intéractions, que ça donne le vertige.
Non, nous ne sommes pas « hexagonitisés », nous qui organisons le Forom des Langues du Monde, Peuples et Musiques au Cinéma, qui vivons dans un quartier plein de langues et de voyageurs ; la pluralité est notre quotidien mais nous ne sommes pas victimes de la « diversité » pour noyer le poisson (la notion même de diversité est faite pour ça, comme je le montre dans mes textes cités au-dessus). Par exemple nous avons bien su, depuis 20 ans, illustrer la cause amazight. Et pour l'occitan, nous sommes d'accord avec Villemain qui pensait que « la France est assez grande pour avoir 2 littératures » (il voulait dire le Français et l'occitan). S'il faut rêver, à tout prendre, je préfère ce rêve-ci, plus fécond pour tous, à celui de l'occitanie autonome. Mais il m'arrive de me tromper.
Surtout, je ne veux pas avoir raison. Je m'en fous, d'avoir raison ou pas. Je me suis lancé en explorateur sur une piste nouvelle, j'y vois une jungle qu'on peut extriquer et changer en un formidable terrain d'aventures poétiques, éthiques, civiques et politiques. J'ai fait mon boulot (et pour ce qui concerne mes oeuvres, c'est dans cette piste que je continuerai à oeuvrer), je m'arrête là : je ne veux pas devenir le héraut d'un nouveau mouvement. La Constitution, etc., nécessaire de donner son avis et c'est surtout pour les suites dans l'Éducation Nationale (+ les bibliothèques, les établissements publics etc) que c'est important de poser les choses. Pour la culture et les arts, les mentions constitutionnelles, les reconnaissances officielles et les subventions (nationales, régionales, etc.) n'ont jamais fait les oeuvres à la place des créateurs. Et c'est quand même là qu'en premièr, tout se joue.
Merci de m'avoir lu
À bientôt
Claude Sicre
L'occitan, étant donné son passé et son étendue, doit devenir langue commune de tout le territoire de la République, au même titre que le français.
A cet effet, de nombreux occitans doivent réapprendre leur langue, ou comme disait l'ancien Président du Conseil des Ministres, Edouard Daladier, né à Carpentras, en Provence : "Et li que l'an desoubliada, la lengua, faudra que la reaprengan".
En même temps, les français, c'est à dire les gens du Nord, doivent faire un effort considérable pour apprendre la langue de leurs concitoyens, ce qui n'est pas facile, mais réalisable. De cette manière, par la renaissance de l'occitan, la culture de la France, d'abord, et de la culture universelle, ensuite, s'enrichiront considérablement.
Mitu Grosu,
(Hamator, Jérusalem, 1987)