Jeudi 10 juillet 2008



Bonjour, le nouveau blog sur lequel nous vous demandons de participer est à l'adresse suivante :

http://www.nationalisation-langues-de-france.net/

 


 

Deux courants de pensée antagonistes se trouvent objectivement alliées pour faire que l'État se désengage de toute responsabilité quant aux langues/cultures indigènes de son territoire, et prônent l'idée que c'est aux régions seules de s'en occuper :

         1) l'idéologie française régnante, celle du centralisme et de l'unitarisme, qui croit ainsi se débarrasser du problème ; cette idéologie, qui organise et donne ses contenus à la culture française depuis plus de cinq siècles, à tel point qu'on ne la voit plus et qu'on la prend pour la nature des choses, commence à décliner face à la montée du démocratisme et du pluralisme mais, se faisant par ailleurs la championne de valeurs (unité, égalité, laïcité, solidarité) auxquelles sont attachés les Français, elle peut longtemps encore prolonger son règne ;

         2) l'idéologie des militants régionalistes ou nationalitaires, politiques ou culturels,  désireux de prendre la France en sandwich entre l'Europe et les régions, voire, pour certains, désireux de constituer des région/états autonomes ; ces régionalistes s'appuient sur un juste constat, celui du multiséculaire mépris de l'idéologie française pour les langues/cultures indigènes de France (et au-delà pour les accents et tout ce qui sort du moule), et défendent des valeurs (démocratie, pluralisme) auxquelles les Français s'attachent de plus en plus.

 

Les uns nient, au nom de l'unité nationale, toute pluralité culturelle interne (vantant la « diversité » pour le reste du monde) ; les autres, au nom de la « diversité » culturelle, en viennent à remettre en cause la solidarité nationale. Les uns et les autres ont quelques chose en commun : ils confondent l'ordre culturel et l'ordre politique (« une nation, une langue ») (comme autrefois « un royaume, une religion »), et savent si peu ce que la langue est à la pensée qu'ils placent la culture et les œuvres derrière la langue de communication. Leur débat occupe tout l'espace, comme s'il n'y avait pas d'autre voie.

 

Il y a une autre voie : la meilleure. Pour la connaître, il suffit d'écouter le peuple français : il veut l'unité politique, il veut la pluralité culturelle. Et cette volonté – que lui donne son intuition – retrouve l'argumentation des esprits les plus éclairés en ce domaine :

         -        les langues/cultures indigènes de France ont participé de façon déterminante à la construction de la langue/culture française, de la pensée française, de l'identité française ; sans éducation aux langues/cultures indigènes, on comprend mal la langue/culture française, on ne comprend rien à ce qu'est la pensée et l'identité française.

         -        non seulement la langue/culture/identité française est, ainsi, mal comprise, mais elle est condamnée au déclin si meurent les langues/cultures indigènes. Car le déclin actuel de la culture française ne vient pas d'attaques extérieures, comme se plaisent à penser les idéologues (« c'est la faute à l'autre »), mais du fait qu'elle a de moins en moins d'affluents intérieurs, parce que le centralisme a toujours essayé – réussissant en partie – d'éradiquer tout esprit d'initiative ou d'entreprise qui ne partent pas de son nombril et, partant, de tuer toute émulation. Sans les langues/cultures indigènes, sans réservoir d'inventions issues d'ailleurs internes, c'est-à-dire sans le peuple dans sa pluralité, la culture française se retrouve, avec ses cocoricos subventionnés (élitisme) et ses mythes cocardiers (populisme, nationalisme), désarmée face au mouvement du monde ;

         -        inversement, la langue/culture française a marqué indélébilement de ses œuvres, de ses valeurs, toutes les langues/cultures indigènes de France, et on ne comprend rien à leur histoire si on ne connaît pas ce rôle de la langue/culture française ;

         -        mais il y a plus : sans conscience de la nature de leur relation avec la culture française, sans projet de relation avec elle, ces langues/cultures sont sans avenir : on peut le voir dans les utopies des tenants de la « diversité » et du régionalisme, où ces langues/cultures, coupées de leur histoire qui est à la fois celle de leur négation par l'unitarisme et de leur affirmation (voire leur éclosion) contre ce même unitarisme, se retrouvent sans emploi alors que leur mission essentielle,  celle qui les a fait renaître voire naître, celle pour laquelle elles sont les mieux armées (et seules à être armées), est justement de guérir la France de sa maladie centraliste/unitariste, en tournant contre cette maladie les valeurs républicaines que la France leur a apprises et en les re-inventant : décentralisation et pluralisme culturel, pour plus de démocratie et plus de république.

 

C'est par leurs œuvres visant à transformer ainsi la France (critique de l'histoire officielle – nationaliste - non pour la remplacer par un petit nationalisme inverse, mais pour servir à la pensée d'une nouvelle épistémologie de la science historique ; critique de la linguistique établie pour servir à une nouvelle pensée de ce qu'est une langue, de ce qu'est le langage, etc. etc.) que ces langues/cultures s'inventeront un avenir. C'est en libérant tous les français  du centralisme, c'est en libérant toute la culture française de son carcan unitariste qu'elles se trouveront elles-mêmes.

 

Notre proposition de nationalisation des langues/cultures de France sort de ce raisonnement et n'a qu'une ambition : faire que plus personne n'ignore ces mouvements de l'histoire et n'en ignore les enjeux. L'État est donc concerné au premier chef.

Sa mission :

  1. organiser une éducation pour tous les Français à toutes les langues/cultures indigènes de France. Ce qui renforcera la solidarité nationale.
  2. organiser, contre la « diversité culturelle » (chacun sa petite langue/culture dans son coin, dans sa « communauté »), l'aventure de la pluralité culturelle (émulation entre les œuvres) qui, libérant toutes les imaginations, mobilisera tous les Français dans l'invention d'un avenir commun.


 

* Nous n'abordons pas dans cette présentation le problème des langues de France dites « minoritaires » (c'est-à- dire les langues étrangères minorisées ou sans statut dans leur pays d'origine – romani chib, arménien occidental, yiddish, berbères, arabes parlés-) qui, globalement, sont concernés de la même façon. Nous l'aborderons dans la discussion.



 

Par Carrefour Culturel Arnaud Bernard - Publié dans : Proposition de nationalisation des langues/culture
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Jeudi 10 juillet 2008

Question 1 : 

L'assemblée nationale a voté le 22 mai, un amendement à l'article 1 de la Constitution de la République disant que "les langues régionales appartiennent à son patrimoine". Il y a deux façons d'entendre cette phrase. Celle qui est retenue par tous, qu'ils soient pour ou contre les langues régionales, à savoir que ces langues sont des langues de régions françaises et donc appartiennent à ce titre, au patrimoine français. Mais il y a une autre façon d'entendre, radicalement différente, celle du Forom des Langues de Toulouse, qui dit que ces langues ne sont pas régionales, qu'elles n'appartiennent pas à des régions, mais qu'elles sont directement "nationales", parce qu'elles ont marqué indélébilement la langue et la culture française, comme la langue/culture française les a indélébilement marquées, qu'elles sont donc la propriété de tous les Français. Comment réagissez-vous à cette distinction ?

Toute réflexion sur les langues implique d'emblée l'image qu'on se fait de la France, de l'identité nationale, de la citoyenneté. Il suffit d'entendre les points de vue qui s'expriment dans le débat en cours. Les langues des Français sont un élément essentiel du patrimoine national, la position de l'État est constante sur ce point. Le breton n'appartient pas seulement à la Bretagne, ni le basque au seul Pays-Basque. Ce sont les richesses indivises de la Nation tout entière : pas de « régionalisme » en la matière. Tout le monde considère Saint-Sernin ou la cathédrale de Strasbourg comme notre bien commun. Il ne viendrait à l'idée de personne que ces trésors du patrimoine matériel ne concernent que les catholiques, ou seulement les Toulousains, ou les Strasbourgeois... Eh bien, il en va de même avec ces réalités immatérielles que sont l'occitan et l'alsacien. C'est un patrimoine national, et une force vivante quoique menacée. A ce titre, l'État a une responsabilité de premier rang dans la valorisation et le développement des langues dites régionales. C'est pourquoi, au nom du Gouvernement, j'ai annoncé le 7 mai dernier à l'Assemblée nationale qu'un projet de loi serait déposé, qui concernera leur présence dans l'enseignement, les médias, la culture et les services publics.

Question 2 :

La proposition du Forom des Langues de Toulouse est issue de cette distinction. Si les langues/cultures de France sont considérées comme patrimoine directement national, cela peut rassurer ceux qui ont peur des régionalismes, et les réconcilier avec les défenseurs de ces langues. Une initiation à toutes ces langues/cultures, organisée sur tout le territoire de la république, aurait maintes conséquences : tous les Français connaîtraient mieux la langue/culture française, en connaissant mieux ses affluents historiques ; ces langues/cultures leur appartiendraient, et on ne pourrait pas opposer un sentiment national à un sentiment régional ; cela renforcerait l'unité nationale, contre les particularismes ; enfin cela pluraliserait la vie culturelle dans tous le pays. Le Forom des Langues de Toulouse affirme que c'est une sortie par le haut de ce problème. Qu'en pensez-vous ?
 
Je retiens la belle idée que les langues-cultures de France - deux notions en effet indissociables - sont les affluents historiques de la culture française globalement considérée. Même si ...elle n'est pas encore partagée par tous, cette vision ouverte et généreuse est bien conforme à la réalité. Elle nous conduit à changer le regard que nous portons sur nous-mêmes. Si nous savons accepter l'apport de ce qui se dit depuis des siècles en corse, en créole ou en flamand, ne pas y être sourd et reconnaitre à quel point cela nous façonne en tant que Français, nous verrons combien l'idée selon laquelle on ne peut être français que sur un seul modèle est fausse et appauvrissante. Nous nous découvrirons une identité faite d'altérité, riche et rayonnante, une identité qui est une pluralité interne. Une initiation à la pluralité des langues et des cultures de France aurait pour avantage de casser l'image parfois unidimensionnelle de la culture française, si éloignée de la vérité. J'aimerais qu'on puisse accomplir sa scolarité en France en ayant entendu parler du Barzaz Breiz, des poèmes créoles de Gilbert Gratiant ou de la Nef des Fous de l'Alsacien Sébastien Brant. Il faut dissiper les ignorances qui font les faux débats. Quand, il y a quelques années, la musicienne finnoise Kaija Saariaho et le poète libanais Amin Maalouf créent ensemble “ L’amour de loin ” au festival de Salzbourg à partir du troubadour Jaufré Rudel, c’est pour la plus grande gloire de notre pays qu’ils rendent hommage à la modernité d’une lyrique occitane qui rayonne sur l’Europe depuis le XIIe siècle. Je l'ai dit devant les députés : le grand chant national est un chant à plusieurs voix. Il est temps de le reconnaitre : la France, si elle est politiquement une, est culturellement plurielle. Cela me semble propre, en effet, à briser les particularismes de repli et à renforcer le sentiment national.

 

Par Carrefour Culturel Arnaud Bernard - Publié dans : Réponse de Christine Albanel (Ministre de la cultu
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Jeudi 10 juillet 2008

(au sujet de la proposition de nationalisation des langues et cultures de France)

 

Dans l'état actuel du débat sur les langues et cultures de France, trois solutions:

 

       L'État, qu'il considère ou qu'il ne considère pas que les langues indigènes de France (que beaucoup appellent les « langues régionales », cherchant le bâton pour battre ou se faire battre) sont « patrimoine national », ne construit pas de politique positive, répond aux pressions en faisant toujours traîner, en accordant quelquefois des avancées sur le terrain régionaliste puis en revenant en arrière, etc.

Auquel cas les régionalismes se renforcent dans leur détermination, sinon dans leur audience.

       L'État considère que les langues régionales font partie du patrimoine national parce que, en tant que langues/cultures appartenant aux regions qui elles-mêmes appartiennent à la nation, elles sont « nationales ». Et il construit une politique positive dans ce sens, régionaliste. Encourageant sans le vouloir ceux qui veulent, reliant politique et culture, des régions à la catalane (des « nations en devenir »): volonté de prendre la France en sandwich entre l'Europe et les régions, négation des apports de la langue/culture/civilisation française à tous les Français;

       L'État considère que les langues indigènes de France ne sont pas « régionales », n'appartiennent pas aux régions ni aux gens qui les habitent, mais appartiennent directement à tous les français c'est-à-dire à toute la nation parce que:

       leurs apports ont contribué à construire cette nation, cette identité française,

       la langue/culture française a contribué très fortement à construire les langues/cultures occitanes, corses, bretonnes, alsaciennes, basques et catalanes de France, etc.

      Auquel cas tout est renversé.

 

Il suffit que dans les programmes scolaires et universitaires, dans les programmes des écoles publiques, cette évidence historique soit posée (et bien sûr réfléchie, mise en perspective, débattue dans ses problèmes, construite) pour que:

      90% des revendications des régionalistes et de défenseurs des langues de France soient satisfaites.

      tous les français, sachant ce qu'il en est de la Corse, de la Bretagne, etc et de leurs langues/cultures puissent

        mieux connaître/comprendre la France;

        mieux mesurer eux-mêmes la force des apports de ces cultures et, à la fois, mesurer leurs limites.

 

Conséquences:

Au lieu de mettre en doute la France, tous ces gens, militants et sympathisants (plusieurs centaines de milliers de personnes actives, présentes sur leur terrain) vont mettre toute leur énergie à construire la France nouvelle (une politiquement, une dans sa langue d'État, plurielle dans ses langues de culture)

Cette pluralité de langues de culture va redonner des affluents intérieurs à la langue/culture française;

va contribuer à construire une pluralité de centres de pensée dans tout le pays (grandes villes) réglant le problème du centralisme, donnant un vrai sens à la décentralisation culturelle.

Tout cela va renforcer le sentiment national, la solidarité nationale et mettre tout le monde au travail dans l'enthousiasme général.

 

Voilà la nouvelle « frontière » toute cherchée. Toute transformation démocratique et républicaine de la France passe par cette étape.

Par Carrefour Culturel Arnaud Bernard - Publié dans : les conséquences d'un chois
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